Galerie Corps et Scène
Sébastien Krauer
Lausanne, Suisse

Tél. +41 (0)79 310 87 62

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Pier Carpi
Au-dessus du brouillard


traduction Sébastien Krauer
Illustrations Anne-Marie Gonzalez

commande par mail: 49.- +frais de port
9.-





La traversée du Village

Dans la campagne suisse romande, un petit village tranquille. Une épicerie, un café, une laiterie, des fermes, du bétail et, à perte de vue, des champs sous le soleil… Un beau jour, le café ferme ses portes, la maison est mise en vente, et une aventure étrange commence avec l’arrivée de Claire-Lise Grandpierre qui vient de Neuchâtel, de Genève et de France ; elle rachète l’ancien café pour en faire un lieu d’hospitalité destiné à des personnages hauts en couleurs, qui vont changer la vie du Village, mais aussi se faire transformer par la vie du Village. Et cela s’appelle Collectif de recherche pédagogique et psychanalytique.

Une nouvelle culture est introduite au Village. Il s’agit aussi de prendre soin, de faire grandir et de récolter quelque chose, et cette chose, c’est la parole, avec des enfants considérés comme autistes, pas comme les autres. Leur façon de vivre est parfois choquante tant elle diffère de l’habitude tout en la caricaturant ; et ceux qui sont là, avec Claire-Lise Grandpierre, pour organiser un cadre à leur vie, ont fort à faire avec ce jeu de miroir. Pour ce Collectif, la culture concerne aussi le débat, l’écriture et la lecture, et une collaboration commence avec la maison d’édition italienne Spirali, qui publie des écrits de psychanalyse, mais aussi des romans et des livres d’art. Parmi ces romans, Sopra la nebbia, de Pier Carpi, qui comme par coïncidence raconte l’arrivée étrange d’un personnage haut en couleur dans un petit Village, et les bouleversements qui s’ensuivent… Claire-Lise Grandpierre acquiert les droits de traduction du livre, et la traduction débute en équipe dans un chalet d’alpage, en adjacence à la reconquête de la simplicité de la vie pour certains de ces enfants.

L’aventure continue, avec la fondation de l’Association le chiffre de la parole qui poursuit et élargit l’aventure du Collectif, et de la Coopérative Immunitas qui, enfin, sera l’éditeur de cette traduction, grâce à Cyril Maillefer.

Arrivé dans l’aventure à mi-chemin, enthousiasmé par l’accueil de la différence, mais aussi par la langue et sa musique dans la psychanalyse, je commence à griffonner moi-même une traduction du roman, et à me demander comment cela pourrait devenir aussi un projet pour les personnes que l’Association accueille.

C’est ainsi que je propose à Michel Kyburz de relire les pages manuscrites de la traduction, pour qu’en la saisissant à l’ordinateur, je commence la première correction. Michel, c’est un poète qui marche sur des chemins qui nous échappent, et je le rencontre presque chaque jour depuis des années, dans une conversation surréaliste et fructueuse pour chacun de nous deux. Nous nous retrouvons donc plusieurs fois par semaine, le plus souvent dans des cafés, parfois dans la forêt ou au bord du lac Léman, pour entendre ce texte avec la voix, l’articulation, la respiration, et pour tenter de communiquer aussi cette oralité au texte.

C’est aussi ainsi que l’idée émerge de faire appel à Anne-Marie Gonzalez pour donner des images à ce roman, dont nous nous rappelons qu’il a été écrit par un auteur de bandes dessinées et un réalisateur de cinéma. Anne-Marie Gonzalez, qui est arrivée au Collectif il y a bien des années, et qui a accompli, depuis, une belle trajectoire d’artiste plasticienne. Je venais d’organiser une exposition de ses céramiques dans ma petite galerie lausannoise, et justement, la question se posait : comment poursuivre sa rencontre avec le public ? Quelque temps après cette première exposition, elle commence un travail avec Chantal Quehen, qui se resserre progressivement autour de l’invention d’une technique de pastel bien particulière, ce qui va faire merveille pour ce livre.

Puis c’est une nouvelle lecture à haute voix, avec le public de l’assemblée hebdomadaire de l’Association et de la Coopérative, une vérification, et une façon de faire en sorte que cela devienne peu à peu notre texte, notre livre ; c’est toujours Michel qui lit, et cela devient, un peu, du théâtre, avec en cours de route une préparation de mise en scène proposée par Cyril Maillefer.

Lors d’une nouvelle exposition au château de L’Isle, au pied du Jura Suisse, parmi les pastels d’Anne-Marie Gonzalez, les premières œuvres destinées au roman de Pier Carpi sont exposées.

C’est un travail tranquille, avec son rythme hebdomadaire, qui se poursuit près de deux ans. Nous repassons les phrases en vérifiant leur pli, en les oubliant, en les rappelant, en les retournant ; et c’est un peu la même chose avec les images, qui sont elles aussi repassées encore et encore, jusqu’à la formation d’un relief étonnant.

Puis, les images prêtes, le manuscrit en main, cette fois dans un rythme très soutenu, en quelques semaines, plusieurs d’entre nous, accueillis ou intervenants, reprennent le texte pour en vérifier la langue : Sophie Page, Sibylle Chenevard, Sophie Gentinetta, Ariane Schindelholz, et de leurs suggestions au fil des jours, je constitue le texte définitif que nous vous proposons ici.


Même la traduction et la rédaction de la version française de ce roman ont été comme un village, avec ses rencontres, ses enseignements, ses impasses, ses scandales et ses rires. Et cette histoire-là va poursuivre…

S. Krauer