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MARGO VEILLON
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Le voyage de la peinture
1907 Margo Veillon naît au Caire le 19 février 1907, dun père suisse et dune mère autrichienne. Adrien, son père, était arrivé en Égypte à lâge de seize ans et, après une formation commerciale, avait fondé une entreprise dimport-export. Il avait auparavant voyagé en Perse et en Chine, à une époque où ces voyages représentaient encore une aventure téméraire. Du côté paternel, Margo Veillon descend dune famille dartistes. Son grand-père, Louis-Auguste Veillon, était un paysagiste apprécié en Suisse Romande, alors que sa grand-tante, Léonie Dupuy, était une portraitiste de grand talent. Sa mère, Joséphine Loos, viennoise de naissance, était allée au Caire comme dame de compagnie dune comtesse autrichienne.
À sept ans déjà, Margo Veillon se rend compte quelle aime dessiner. Son violent désir de liberté inquiète beaucoup sa mère, une femme par ailleurs très tolérante : Margo naccepte pas le conformisme social et fréquente lécole très irrégulièrement.
Jusquà douze ans, Margo fréquente diverses écoles du Caire. Ensuite, elle passe quatre ans en Suisse, dans un institut privé de Zurich, en habitant chez sa grand-mère paternelle, puis dans les Grisons dans un internat pour jeunes filles de bonne famille.
1923 À seize ans, elle retourne chez ses parents, et la famille déménage alors du Caire à Maadi, un village verdoyant à quinze kilomètres au sud de la capitale. Revenue dEurope, bien décidée à peindre, Margo trouve dans son nouvel environnement des thèmes et des motifs particulièrement intéressants, non seulement sur les rives du Nil et à lorée du désert mais surtout dans un village de bédouins devenus sédentaires. Cest là quelle commence le dessin rapide avec des modèles en mouvement, tout en fréquentant les cours de lAcadémie Scarselli au Caire.
1926 Premier séjour à Paris, et première lecture de luvre de Picasso.
1927 Mort de son père.
1929 Margo part à Paris pour perfectionner sa formation. Elle sy lie damitié avec dautres artistes qui partagent ses aspirations : notamment le peintre Alfred Pellan, aujourdhui très connu au Canada, et surtout le sculpteur Sania Rabinovitch, se révèlent dun grand apport formateur. Ce dernier lui suggère de composer les dessins et les toiles comme un tapis, à petits trait saccadés et lents, ce qui laisse le trait poursuivre son chemin, tandis que lartiste reste attentive simultanément au détail et au global de limage. Sa production de ces années-là est une véritable lecture du surréalisme, un travail que Margo appellera « dessins analytiques ».
1932 Retour à Maadi, qui reste pour elle linstance originaire du mouvement, de la lumière et de la disposition. Elle reçoit tout ce que le pays lui offre généreusement : lactivité quotidienne des Bédouins, leur vie, leur rythme. Elle travaillera ces thèmes jusquà la fin des années cinquante.
1934 Rencontre du jeune peintre Martin Seidel, qui devient son ami et le compagnon de nombreux voyages. Ils se rendent tous deux en Haute Égypte, où ils visitent Louxor, la Vallée des Rois, les cataractes dAssouan et le temple dAbou Simbel. Ils partent ensuite pour lEspagne, passent six mois à Ibiza. Ils travaillent ensemble à Zurich et reçoivent un prix pour une fresque au bâtiment Walche. Lorsque la deuxième guerre mondiale éclate, Martin Seidel senrôle. Il sera tué sur le front russe en 1945.
1939 Rencontre de Claude Barlow, médecin américain qui soccupe, en Égypte, de la lutte contre la bilharziose, lune des maladies tropicales les plus répandues dans le pays. Avec lui débutent une conversation et une écoute qui lenrichissent considérablement. Avec cette relation, Margo Veillon trouve louverture, et elle traverse des années de joie intense. Un nouvel horizon dinspiration souvre alors : le désert. Avec Claude Barlow, elle découvre les hautes dunes de Khanka dans une forêt pétrifiée non loin du Caire, le Sinaï, et les oasis occidentales. Ce qui séduit beaucoup Margo Veillon, cest le sable dans ses tons les plus extraordinaires, quelle recueille et catalogue pour lutiliser ensuite avec un mélange de couleurs, comme matériau pour ses tableaux.
Une autre rencontre décisive est celle de Suzanne Viterbo, avec laquelle elle va à deux reprises faire de la peinture dans la région des cataractes dAssouan. Cest alors quapparaissent dans luvre de Margo Veillon les « carnets de notes », ou « journaux », aujourdhui exposés au Musée de lUniversité Américaine du Caire : recueils desquisses, daquarelles, de textes, de poésies, daphorismes puis, plus tard, de photographies, réunis dans des cahiers, qui deviendront dinextinguibles et vivantes archives pour le futur.
1945-48 Margo Veillon rencontre Yvette Ayrout et son frère Henri, jésuite, fondateur de luvre des écoles gratuites des villages de Haute Égypte. Le religieux lui présentera les paysages de Moyenne Égypte, où Margo Veillon débute, de village en village, un nouveau chapitre de son texte pictural.
1947 Décès de sa mère.
1950 Margo Veillon se fait construire une petite villa à Maadi, composée dun très vaste atelier dans lequel elle vivra et travaillera jusquen 2003. Margo Veillon commence à donner des leçons de peinture dans de petites équipes de quatre à cinq personnes.
Avec sa compatriote Anne Escher, qui vit à Alexandrie, femme sportive et aimant le désert, elle se rend à pied, escortée par des Bédouins, dans les hautes vallées du Sinaï, toujours dans sa recherche autour de la couleur et de la texture des paysages.
Elle accomplit ensuite deux voyages avec Georg Gerster, photographe suisse passionné de voyages scientifiques. Le premier lemmène dans la partie égyptienne de la Nubie, le second au nord du Soudan, avant que la construction du barrage dAssouan ne fasse engloutir pour toujours les villages de cette région. Margo Veillon garde de ces voyages, et de cinq autres quelle fait les années suivantes, un « carnet de notes », qui est édité en Angleterre en 1994, par Scorpion Publishing, sous le titre Nubia, sketches, notes and photographs.
Toujours avec Georg Gerster et la même année, elle accomplit le voyage de Ouadi Halfa à Khartoum, par voie de terre, dans une région isolée et pratiquement dépourvue de routes.
1959 Margo Veillon travaille une année avec son amie et élève Lydia Farahat, poursuivant la recherche autour des portraits et de natures qui ne sont plus mortes, exercices quelles accomplissent avec une rigueur absolue.
1960 Jamais satisfaite, toujours plus exigeante, Margo Veillon prend en main le crayon et commence à dessiner, sans bien savoir ce qui apparaîtra. Cest ainsi que naissent des motifs complexes qui, dun seul trait, mais sans linéarité, surprennent lartiste elle-même. Elle nomme ces dessins inspirés souvent de dessins des expéditions napoléoniennes Divertimenti. En 1968, soixante de ces dessins sont publiés à Lausanne, aux Éditions Moutier.
1961 Margo Veillon se lie damitié avec les trois surs Morcos Fahmy : Alice, Andrée et Soraya. Ces trois femmes, de culture française, possèdent une « isba » dans les environs de Mahallet Malek, dans le nord du Delta du Nil. En 1962, les trois surs mettent leur propriété à la disposition de Margo Veillon, et elle y séjourne de longs mois, parfois même tout lété. Cest là quelle explore un regard nouveau, quelle appelle perspectives englobantes. Il sagit dune tentative de restituer les objets simultanément de face et de périphérie. Elle peint aussi avec des moyens insolites, en utilisant, à la place des pigments ordinaires, du sable coloré quelle dépose sur un fixateur constitué de résines acryliques.
1966 Rencontre de Penelope Bennett, écrivain et céramiste anglaise, qui lui montre Londres dans tous ses détails. Margo Veillon dessine un grand nombre desquisses quelle retravaille à laquarelle, puis plusieurs années plus tard, à lhuile. Les deux amies voyagent ensemble en Europe, aux États-Unis et en Afrique. Depuis, chaque année, Margo Veillon prolonge son séjour en Europe par une visite à Londres avec son amie Penelope Bennett.
1968 Elle part pour lÉthiopie, où elle séjourne auprès de la mission de recherche des États-Unis, dabord à Adis Abeba, puis à Gambela.
1970 Elle fait la connaissance de Sylvia Kernthaler, peintre, et de Linette Matouk, qui devient son élève préférée. Elle travaille assidûment avec Christina Stoermer.
1974 Pour cette Suissesse dÉgypte, le désert et les Bédouins, la vie sereine et silencieuse des fellahs et des pêcheurs, celle mouvementée et rythmée des quartiers populaires du Caire, présents dans la plus grande partie de ses oeuvres, sont devenus au cours des années des prétextes inépuisables pour peindre et peindre encore. Ces thèmes sont devenus les rendez-vous avec la peinture, qui ont donné le rythme de son chemin artistique autant que de son parcours culturel. De lécoute et de lobservation de la vie quotidienne dans le Mouski le souk de la capitale égyptienne elle tire une série de seize dessins magistraux, publiés à Lausanne, la même année, par Serge Dulac, avec comme titre La vie autour des charrettes.
1989 Elle travaille dans son atelier de Maadi, se rend chaque année, à lété, à Zurich et à Londres. Les toiles de cette année, quelle nomme Splash, sont le fruit dune écoute toujours plus large et dune recherche particulière, que lartiste traduit dans un geste généreux et rapide.
1990 Margo Veillon débute, à quatre-vingts trois ans, une nouvelle série de tableaux quelle appelle Nocturnes. Ils sont presque tous élaborés et conclus au cours dune seule nuit : des travaux rapides, intenses, comme des aphorismes. Ils témoignent de laccomplissement de la recherche qui est loin dêtre finie du chiffre de Margo Veillon.
Le long de cet itinéraire qui traverse un siècle, Margo Veillon a accompli un grand voyage qui a traversé lItalie, la Grèce, lEspagne, la France, le Guatemala, les États-Unis, lAngleterre, le Mexique, le Soudan, lEthiopie, la Suisse. Et chacun de ces pays trouve sa trace dans son oeuvre. « Je nai jamais voyagé pour voyager », disait-elle souvent. Son voyage est le voyage de la peinture.
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Principales expositions
1928-37 Société des Amis de lArt, Le Caire
1930-33 Galerie Forster, Zurich
1932-53 Atelier dAlexandrie
1934 Lyceum Club, Zurich
1946 Helmhaus, Zurich
1947 St-Annahof, Zurich
1948 Kunsthalle, Berne
1953 Musée dArt moderne, Le Caire
1955 Biennale dAlexandrie
1956 Galerie Wolfsberg, Zurich
1958 Université Américaine, Le Caire
1960 Editions Nouvelles, Le Caire
1961 Kunsthaus, Zurich
1961 Galerie Wolfsberg, Zurich
1962 Galerie pour tous, Le Caire
1964 Galerie Akhnaton, Le Caire
1965 Galerie Laubli, Zurich
1966 Trafford Gallery, Londres
1967 Centre Culturel Italien, Le Caire (esquisses dEgypte et dItalie)
1969 Orell Füssli, Zurich
1975 Centre Culturel Français, Le Caire
1976 Institut Goethe, Le Caire
1979 Istituto Italiano di Cultura, Le Caire
1980 Trafford Gallery, Londres
1980 Photographic Gallery, Londres
1986 Galerie Mashrabieh, le Caire
1988 Galerie Akhnaton, Le Caire
1990 Galerie Sonegal, Zurich
1993 Hyposwiss Bank, Zurich
1994 Banco di Lugano, Lugano
1995 Cairo-Berlin Art Gallery, Le Caire
1996 Espace Bally, Zurich
1996 Galerie Zabbeni, Vevey
1996 Hôtel Schweizerhof, Berne
2000 Cairo-Berlin Art Gallery, Le Caire : Moissons égyptiennes
2001 Hanager Arts Center, Opéra du Caire : Perspective englobante
2002 Ewart Gallery, Le Caire : Egyptian Festivals
2003 Galerie Corps et Scène, Lausanne
Oeuvres dans les musées, bâtiments officiels et collections privées
Mosaïque de la façade de la maison Gäumann, Zurich, 1938
Autres mosaïques en Allemagne et aux États-Unis
Différents tableaux dans les musées du Caire et dAlexandrie, 1955, 1957, 1962
Cimenterie Tourah (Schmidheiny), 1950/1951
Grande mosaïque de la façade de la Villa Klauser, Maadi, Le Caire, 1955
Peinture murale sur le thème de la ville, Restaurant Groppi, Le Caire
Fresque (huile sur bois), 20 tableaux et un panneau sur lécran du cinéma dans le Club des Officiers de police, le Caire, 1959
Gravures sur bois et sur linoléum, estampes, aquatintes, propriétés de la Confédération Helvétique (entre autres à lAmbassade Suisse du Caire)
Cabinet des Estampes de lEcole Polytechnique Fédérale, Zurich, propriété du Canton et de la ville de Zurich
Nombreuses oeuvres dans des collections privées de différents pays.
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Prix et concours
1934-36 Fresque au bâtiment administratif Walche, et armoires ornées de peintures figuratives, Zurich
1948 Prix du concours des tableaux scol., Département fédéral de lintérieur, Berne
1955 Premier prix de gravure, Biennale dAlexandrie
Bibliographie
1966 Divertimenti recueil de 60 dessins, introduction de Vera Bajocchi, éd. littéraires romandes, Genève et Moutier
1974 La vie autour des charrettes recueil de 16 dessins à la plume, texte de Sylvio Acatos, éd. Serge Dulac, Lausanne
1985 Agenda permanent, illustré par cinquante reproductions des oeuvres de M. Veillon, American University Press, Le Caire
1985 Harvest, 16 ohotographies par Margo Veillon, American University Press, Le Caire
1987 Margo Veillon : une oeuvre, une vie, une passion, textes de René Daillie, Doris Wild, Annie Gismann, Blas G. Ribelles, Vera Bajocchi, Sylvio Acatos et Catherine Veillon, publié à Beyrouth
1995 Nubia. Sketches, notes and photographs, Scorpio Publishing, Londres
1996 Agenda permanent, illustré par cinquante reproductions des oeuvres de M. Veillon, American University Press, Le Caire
1996 Charlotte HUG : Margo Veillon, le mouvement éclaté, travaux 1925-1996, textes de Charlotte Hug, Jean-Christophe Aeschlimann, Léo Verne,Éd. Acatos, Lausanne
2000 Charlotte HUG : Egyptian Harvests/Moissons égyptiennes, textes de Margo Veillon, Charlotte Hug et Penelope Bennett, American University Press, Le Caire
2002 Bruno RONFARD : Egyptian Festivals, textes de Margo Veillon, John Rodenbeck et Bruno Ronfard, American University Press, Le Caire
2003 John RODENBECK : Margo Veillon : Painting Egypt : The Masterpiece Collection at the American University of Cairo, textes de Bruno American University Press, Le Caire
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Lettre à Doris Wild, 30 avril 1960
Ma chère Doris,
Je viens de passer deux jours à faire de lordre dans mon atelier. [
] Il faut que mes yeux restent alertes et réceptifs à tout ce que je vois autour de moi. En peinture, les problèmes foisonnent et malgré tout, elle aboutit réellement. Devant soi, on a les sujets, les phénomènes, les visions ; ils sont à lextérieur de soi et on les reçoit, les absorbe, puis dune manière ou dune autre, le travail, la transposition se produit malgré la fatigue, les hordes de moustiques [
]. Heureusement, la mémoire flanche occasionnellement, permettant un balayage net, nous laissant frais et réceptifs à de nouvelles sensations.
La Nubie, une terre condamnée à mourir, soffre à mes yeux du bateau sur lequel nous voguons depuis douze jours. Devant nous, repose une suite de rides sèches, rêches dans le sable du désert et sétendent des montagnes noires. Les maisons bâties sur cette terre sont dun style parfait, adaptées à leur milieu avec des décorations diverses et riches aux fenêtres et façades. On passerait léternité à étudier ces dessins et on apprendrait plus quil ne serait nécessaire de savoir sur lornement.
Comment entamer une description des intérieurs de ces maisons ? Tous les joyaux de la nature semblent être là dans un extraordinaire déploiement. Tout est tellement expressif. Il ny a rien daussi beau, daussi harmonieux.
[
]
Un sentiment dinquiétude nous saisit quand on contemple des choses dune si marquante beauté. On se rend compte de lobsession de lartiste à vouloir perpétuer la beauté et lémotion suscitée dans léternité. On sent ce besoin de coucher sur canevas ou papier tout ce quon voit. De temps en temps, être témoin de cette beauté est presque douloureux, le Nil devient un long et plat miroir. Le reflet à la surface est dune qualité tout à fait abstraite, la lumière sur leau reflétant le ciel, est extraordinaire. Une seule petite vague transportera des coulées dun bleu intense de cobalt et de jaune, ou plutôt or, bronze ou jaune crémeux, le tout scintillant de lilas et de mauve. Dans ce paysage plat dapparence, occasionnellement, il apparaît une montagne noire enveloppée de sable.
Selon le niveau de leau, les petites îles reposant sur le Nil disparaissent et réapparaissent. Le fleuve est haut en ce moment, les étendues de plantations sont donc submergées, inondées. Il y a une multitude doiseaux, de toutes les variétés sur cette étendue deau : des pélicans, ibis, hérons, canards sauvages et cygnes. [
]
Hormis la grandeur révélée par le paysage se déployant devant nos yeux, je tiens à mentionner la noblesse des femmes de Nubie. Leurs bijoux entourent si gracieusement leurs cous, leurs visages sont encadrés par dépaisses et noires boucles doreilles doubles quelles portent toutes. Leur beauté cependant ne peut être aperçue que fugitivement car elles tendent à se cacher dans leurs foyers, sortant occasionnellement en riant comme des enfants. Leurs voix semblent chanter, cependant elles sont aiguës [
]. Ici, tout est présenté dans sa forme la plus pure et chaque élément devient source dimages pour moi.
Récemment, par chance, nous étions invités dans un village chez le chauffeur de Dr. Naumare, professeur à luniversité américaine. Cet homme était un parfait gentleman, extrêmement hospitalier. Nous nous sommes sentis tout à fait à laise dans sa maison. Il nous a montré les chambres, chacune plus belle que la précédente, et décorée dune manière exquise. Les murs étaient peints et ornés dun déploiement de corbeilles, de carpettes, de découpages en papier, à symétrie variée.
Dans dautres villages visités, chacun ayant son mode dornementation particulier, jai vu des chambres parées de petites assiettes confectionnées de paquets de cigarettes et des journaux transformés en petits tapis. Leffet global en était épatant. Sur une façade donnant sur une place dun des villages, une jeune fille avait découpé dans des feuilles de plastique multicolores, des gens et des animaux en série. Jai vu ça un matin. Je suis restée interdite par la parade de couleurs, par linstinct décoratif. La matière quelle avait employée donnait un résultat étonnant, impressionnant, des surfaces de couleur qui semblaient danser sur limmobilité du mur sombre et gris.
Jai à peine regardé le temple dAbou Simbel... je ne pouvais quitter des yeux la vue aux alentours. Le jour suivant, nous nous sommes promenés longuement sur la montagne. Tant de couleurs, tant de contrastes my étaient révélés : violet, nuances de vert ou rouge et jaune dune multitude de profondeur et de densité. Aujourdhui, le Nil est calme et ténébreux. Là, où il y a une brume flottant au-dessus de leau, de douces nuances de vert animent la rivière. Quelle merveille dêtre assis et dobserver leau quand la brume sélève et est déportée.
Un jour, jétais en train de mettre sur papier ce paysage parfait, quand jai remarqué un groupe denfants tout près, riant de bon cur, leurs cheveux bouclés, décoiffés par le vent. Ils ne sont restés quun court moment, un moment fugace dans la lumière mourante du jour. Et cela ma rappelé un groupe de femmes aperçues, il ny a pas si longtemps, dans le village de Kolosko, trois femmes en noir, portant des voiles bleu turquoise, se tenant debout contre un mur blanc ; à nouveau vu dans la lumière imprécise après le coucher du soleil
Margo Veillon
Doris Wild, historienne dart, Suissesse, amie intime de Margo Veillon
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