Galerie Corps et Scène
Sébastien Krauer
Lausanne, Suisse

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SAUL FONTELA


Les oeuvres de Saul Fontela sont des merveilles. Des miracles et des surprises. Des oeuvres grandioses. Difficiles et simples. Au-delà de tout concept de beau. Au-delà du critère du conventionnel, c'est-à-dire du naturel. Même pas l'ombre du conformisme.

[…] L'astronomie de Saul Fontela est celle de la vie. Avec chaque œuvre. Sans ligne et sans explication. Le tourisme dans le tissu stellaire: entre le réseau et la toile. Aucun discours sur la photographie. Qui demeure dans la parole comme biographie. Comme écriture de la vie. COmme écriture de la lumière.

Nous ouïrons et nous entendrons d'autres œuvres de Saul Fontela. Et d'autres encore. Avec celles-ci, avec celles-là et avec d'autres encore, nous assurons notre avenir.

Armando Verdiglione, Saul Fontela, la scrittura della luce, Spirali, Milan 2002





L'ECRITURE DE LA LUMIERE

La lumière de la photographie, pour Saul Fontela, ne sert pas à illuminer. C’est une lumière qui vient du temps, du rythme, de la pulsation : c’est une lumière qui indique de quel rythme vient l’écoute. C’est une lumière qui indique la division.

 

S. Fontela, Douleur, 142/114 cm, 2002

 

Division de la lumière, déchirure du tableau, dans l’œuvre qui s’intitule « douleur » : il n’y a pas besoin de chasser l’ombre et de tout rendre blanc, il n’y a plus besoin de l’anesthésier, cette douleur, lorsqu’il y a la poésie. La poésie du temps. La lumière intervient comme déchirure, et plus que voir l’image, nous nous mettons à l’entendre comme une histoire qui se raconte.

Quelle est l’histoire de la douleur ? C’est celle d’un je qui n’est plus un sujet, qui n’est plus assujetti. C’est l’histoire d’un fils qui ne dit plus « Je suis le fils ». Son entreprise, c’est de témoigner de ce qu’il y aura, à la lumière, comme pour les Apôtres à la Pentecôte, de ce qui s’entend.

 

S. Fontela, Le dormeur, 152/114 cm, 2002

 

Lumière de l’actuel, aussi, avec « Le dormeur ». C’est la suite du récit de la lumière. De ce sommeil fait de rêves et de mouvement, le dormeur annonce une nouvelle. Le rêve, c’est comme une difficulté qui s’écrit, la difficulté dans l’actuel, la difficulté de l’acte de parole. La belle difficulté ! C’est à la lumière de l’actuel que le rêve du dormeur nous est raconté.

Le père de Saul Fontela est un économiste  célèbre : et le rêve du dormeur ne s’économise pas ! Le long du récit de cette œuvre, l’économie est cet ailleurs qui tire vers l’issue du labyrinthe, le long d’un mouvement, le long d’un investissement inouï ! Avec le dormeur, chacun de nous est invité à traduire, à transmettre, à transposer une histoire qui lui est propre, tant ce mouvement nous interpelle.

 

S. Fontela, Frontière et limite, 114/152 cm, 2002

 

Avec « Frontière et limite », c’est encore la lumière du temps qui intervient dans ce véritable dispositif que nous propose l’artiste. La frontière ne divise pas deux territoires, dans cette œuvre, mais elle surgit, soulignant qu’il n’y  pas moyen de mesurer la coupure du temps. La frontière, en avant : c’est la combinaison d’un pas avec un autre pas. Et la limite n’est pas ordinaire : elle ne limite pas. Nous sommes plutôt au seuil : que va-t-il y avoir ?

Ce tableau est un dispositif qui suggère comment faire. Un dispositif dans lequel, déjà, nous parlons. Nous parlons des exigences infinies à satisfaire, entre l’audace et le risque : qui peut nous ôter notre tranquillité ? Frontière et limite : un véritable dispositif de bataille pour entendre de l’inouï, pour faire de l’inédit.

 

Sébastien Krauer, Galerie Corps et Scène, le 5 février 2003